25 novembre 1904Des libéraux victorieux, mais divisés
Comme ce fut le cas en 1900, la tenue d'élections fédérales a une influence déterminante sur l'évolution de la situation politique québécoise. Après une campagne animée, qui soulève les passions, le scrutin du 3 novembre permet aux libéraux de Wilfrid Laurier de conserver le pouvoir avec une forte majorité. Il s'agit d'une troisième victoire consécutive pour cette formation qui domine la scène politique nationale et profite d'une grande popularité au Québec, où elle remporte 53 des 65 sièges en jeu avec plus de 55% des voix. Dès le lendemain du vote, le 4 novembre, le premier ministre Parent se rend à la résidence du lieutenant-gouverneur Louis-Amable Jetté et obtient la dissolution de l'Assemblée législative. Cette décision suscite de fortes réactions chez les conservateurs qui dénoncent la tenue d'élections précipitées alors qu'il reste encore un an au mandat du gouvernement. Une campagne éclair Leur chef, Edmund James Flynn, réagit en écrivant une lettre que les journaux de la province publient. Il y dénonce les liens entre libéraux provinciaux et fédéraux qui, selon lui, risquent de « transformer la législature de Québec en une simple succursale du parlement d'Ottawa, ce qui est une véritable menace pour notre autonomie provinciale ». (La Patrie, 7 novembre 1904, p. 1) Qualifiant le geste de Parent de « coup de force », d'« abus de pouvoir » et « d'attentat à la liberté électorale », Flynn accuse aussi celui-ci de vouloir « supprimer l'opposition » en déclenchant ces élections prématurément. De fait, le court délai de trois semaines entre l'annonce et la tenue du scrutin laisse peu de temps aux conservateurs pour s'organiser. Face à des libéraux qui comptent sur le retour de la majorité des députés en poste, ils considèrent la partie inégale et font savoir qu'ils s'abstiendront de présenter des candidats aux élections du 25 novembre. Parent réplique le 8 novembre en défendant sa décision comme une réponse à « l'agitation politique incessante » (La Presse, 9 novembre, p. 1) que ses adversaires font régner depuis un an et qui nuit aux intérêts de la province. Il affirme aussi vouloir donner à l'électorat une chance de réagir à la Loi sur la colonisation adoptée par son gouvernement. Enfin, il souhaite que la population s'exprime sur les accusations portées contre l'indépendance de son administration face à Ottawa. Des mécontents s'expriment Les motifs invoqués par le premier ministre ne satisfont ni les conservateurs ni un certain nombre de libéraux. Sa volonté d'imposer les candidats de son choix dans quelques circonscriptions contribue également à la grogne qui se développe à son endroit et incite des libéraux dissidents à se lancer dans la bataille. Une controverse éclate dans Charlevoix alors que le sénateur libéral Auguste Choquette accuse Parent d'appuyer un conservateur indépendant au détriment du candidat libéral. Cette histoire, la plus « grosse bombe politique de la campagne provinciale » selon La Presse (24 novembre, dernière édition), est à l'origine d'une assemblée houleuse dans Québec-Est au cours de laquelle Choquette se livre à une charge à fond de train contre le chef libéral. Le mécontentement n'épargne pas les conservateurs. Mais même ceux qui sont déçus de la stratégie de Flynn se présentent sous la bannière du parti. Une rumeur, qui reste sans suite, plane aussi sur d'éventuelles candidatures nationalistes ralliées derrière le député fédéral Henri Bourassa, alors que quelques candidats ouvriers créent un certain intérêt à Montréal. En bout de piste, les résultats des élections provinciales de 1904 restent conformes aux prévisions. Sans surprise, le Parti libéral rafle 67 des 74 sièges avec 55,4% des voix. Les conservateurs se contentent pour leur part de 7 députés. Si quelques libéraux indépendants font de belles luttes, aucun ne parvient à se faire élire à l'Assemblée législative dont la composition reste sensiblement la même qu'à la dissolution. Une des exceptions est Flynn. Battu dans sa circonscription, celui-ci cédera les rênes de son parti peu de temps après. La partie ne s'annonce pas facile non plus pour Parent, puisque plusieurs de ses opposants ont remporté des victoires. Des observateurs se demandent même comment il réussira à maintenir l'unité au sein des libéraux, divisés malgré leur éclatante victoire. Il ne faudra que quelques mois pour qu'ils aient leur réponse. Pressé par des membres influents de son cabinet, le premier ministre quittera ses fonctions le 21 mars 1905. Les réactions des médias Sources: La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir. André Bernard, La législation électorale au Québec, 1790-1967, Coll. « Cahiers de Sainte-Marie », Montréal, Éditions Sainte-Marie, 1969, 197 pages. André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages. André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages. Pierre Drouilly, Statistiques électorales du Québec, 1867-1981, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1982, 687 pages. René Durocher, Paul-André Linteau, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : De la Confédération à la crise (1867-1929), Montréal, Boréal Express, 1979, 658 pages. Jean Hamelin, Marcel Hamelin, Les moeurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours, Montréal, Édition du Jour, 1962, 124 pages. Jean Hamelin, Jean Letarte et Marcel Hamelin, « Les élections provinciales dans le Québec 1867-1956 », Numéro spécial des Cahiers de géographie de Québec, 4, 7 (octobre 1959 - mars 1960). Vincent Lemieux, Le quotient politique vrai. Le vote provincial et fédéral au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, 274 pages. Vincent Lemieux, dir., Personnel et partis politiques au Québec, Montréal, Boréal Express, 1982, 347 pages. Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages. Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois, tome I, Coll. « Québécana », Ottawa, Leméac, 1970, 236 pages. |
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