Élections québécoises de 1939

 
25 octobre 1939

Dans la tourmente de la guerre


Affiche électorale de Duplessis pendant la campagne électorale
Après l'échec historique de son gouvernement lors des élections de 1936, le chef du Parti libéral, Adélard Godbout, se livre à un patient travail de reconstruction. Il affirme son leadership, parcourt la province pour rallier ses militants et échafaude les fondations du programme qu'il compte soumettre éventuellement à l'électorat.

Pour sa part, le gouvernement unioniste de Maurice Duplessis doit composer avec les réalités du pouvoir. Son attitude face au mouvement ouvrier et des dissensions dans les rangs du parti plombent ses appuis. De plus, la crise économique persistante entraîne une hausse de l'endettement de la province qui peine à emprunter les sommes dont elle a besoin, provoquant un autre différend avec Ottawa.

Le gouvernement a encore du temps pour améliorer sa situation, mais le déclenchement d'un conflit en Europe et l'entrée en guerre du Canada, en septembre 1939, changent entièrement la donne. Faisant de la défense de l'autonomie provinciale et de la menace d'une participation obligatoire des Canadiens à la guerre ses chevaux de bataille, le premier ministre déclare : « Invoquant le prétexte de la guerre (...) une campagne d'assimilation et de centralisation, manifestée depuis plusieurs années, s'accentue de façon intolérable. » (25 septembre 1939, p. 10) Jugeant le moment opportun, il annonce le 25 septembre la tenue d'élections précipitées qui auront lieu le 25 octobre. La nouvelle a l'effet d'une bombe.

La question de la conscription

Les libéraux réagissent en dénonçant la politique agricole du gouvernement, ses liens avec les trusts et ses lois « anti-ouvrières ». Trois ans après avoir été la cible de l'opposition, ils retournent le feu à l'Union nationale qu'ils accusent de favoritisme, de gaspillage des fonds publics et d'incurie administrative : « Incapable d'emprunter en votre nom, M. Duplessis veut détourner la question et faire ses élections sur le dos du gouvernement d'Ottawa. » (2 octobre 1939, p. 2) Godbout déclare à ce sujet qu'il s'engage à quitter son poste si la conscription est adoptée.

Cet enjeu devient rapidement le thème central des discours. Lors de la première grande assemblée publique de l'Union nationale, le 4 octobre à Trois-Rivières, Duplessis pourfend les ministres fédéraux qui ont décidé d'intervenir dans la campagne. Un de ceux-là est Ernest Lapointe, le lieutenant québécois du premier ministre William Lyon Mackenzie King. Se présentant comme « le rempart entre vous et la conscription », ceux-ci entrent en force dans la lutte électorale. Ils s'engagent même à quitter leurs fonctions si le gouvernement unioniste est reporté au pouvoir, laissant les Canadiens français sans porte-parole influents à Ottawa.

En plus d'être la victime des attaques de Godbout, des ministres fédéraux et d'une presse qui lui est généralement peu favorable, Duplessis subit quelques défections, dont celle du ministre Gilbert Layton. Il ne peut également compter sur la radio pour rejoindre ses électeurs, puisqu'il refuse de soumettre ses textes à la censure fédérale prévue dans le cadre de la Loi des mesures de guerre. Cette décision laisse toute la place aux libéraux pour utiliser ce média dont le rayonnement est de plus en plus important.

Retour du balancier

Les autres acteurs de la scène politique québécoise sont éclipsés par ces deux puissantes machines électorales. Plusieurs membres du Parti national, une formation mise sur pied en 1937 par des unionistes déçus, se rallient au Parti libéral. Paul Gouin relance pour sa part l'Action libérale nationale. Tirant tous azimuts sur ses rivaux, il va même jusqu'à lancer que face à la conscription un gouvernement formé par son parti « mettrait fin au pacte confédératif ». (12 octobre 1939, p. 4) Ses 57 candidats, dont aucun ne sera élu, ne récolteront toutefois que 4,5% des voix.

Le seul qui réussit à se faufiler à travers ce tir croisé est Camillien Houde. Maire de Montréal, et adversaire avéré de Maurice Duplessis qui lui a succédé à la tête du Parti conservateur, Houde est élu comme indépendant dans Sainte-Marie.

Nourries par la question de la conscription, les émotions sont fortes tout au long de la campagne et le ton souvent incisif. Au sujet de Godbout, Duplessis demande par exemple : « Est-ce que le premier ministre de la province de Québec doit être la créature d'un ministre d'Ottawa ? » (5 octobre 1939, p. 7) De leur côté, des libéraux se réfèrent à leurs adversaires en parlant de « l'Union nazi...onale ».

Les tensions montent à l'approche du fil d'arrivée, les partis faisant l'étalage de leur force lors d'importants rassemblements publics. Malgré un temps automnal, l'Union nationale attire une foule monstre au stade Delorimier le 19 octobre. Les libéraux sont à Québec le même soir et au Forum de Montréal le lendemain, devant des partisans survoltés.

Le verdict, qui tombe le soir du 25 octobre, est sans appel. En fait, il s'agit presque d'une image inversée des élections de 1936. Cette fois, les libéraux font la loi avec 54,1% des voix et 70 députés, contre 39,1% du vote et 15 élus pour l'Union nationale. Malgré la présence de 248 candidats, un record, ce sont encore ces deux formations qui ont dominé le scrutin, raflant plus de 93% des suffrages exprimés.

Après avoir décimé les rangs des députés, et même des ministres libéraux trois ans auparavant, c'est au tour de l'Union nationale d'encaisser le choc. La quasi totalité de leurs élus, dont le premier ministre Maurice Duplessis, ont vu leurs majorités réduites. Et les autres candidats, notamment des ministres, ont subi la défaite, dans certains cas par des marges significatives. Ce retour expéditif à la case départ, après le triomphe grisant de 1936, en amène plusieurs à s'interroger sur le sort des unionistes et de leur chef dont l'avenir politique semble compromis.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

André Bernard, La législation électorale au Québec, 1790-1967, Coll. « Cahiers de Sainte-Marie », Montréal, Éditions Sainte-Marie, 1969, 197 pages.

André Bernard, La politique au Canada et au Québec, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, 1996, 616 pages.

André Bernard, Les institutions politiques au Québec et au Canada, Montréal, Boréal, 1995, 122 pages.

Conrad Black, Duplessis : l'ascension, Montréal, Éditions de l'Homme, 1977, 487 pages.

Patricia Dirks, The Failure of L'Action libérale nationale, Montréal, McGill-Queen's University Press, 1991, 199 pages.

Pierre Drouilly, Statistiques électorales du Québec, 1867-1981, Québec, Bibliothèque de l'Assemblée nationale, 1982, 687 pages.

René Durocher, Paul-André Linteau, François Ricard, Jean-Claude Robert, Histoire du Québec contemporain : Le Québec depuis 1930, Montréal, Boréal, 1986, 739 pages.

Jean-Guy Genest, Godbout, Sillery, Septentrion, 1996, 390 pages.

Jean Hamelin, Marcel Hamelin, Les moeurs électorales dans le Québec de 1791 à nos jours, Montréal, Édition du Jour, 1962, 124 pages.

Jean Hamelin, Jean Letarte et Marcel Hamelin, « Les élections provinciales dans le Québec 1867-1956 », Numéro spécial des Cahiers de géographie de Québec, 4, 7 (octobre 1959 - mars 1960).

Vincent Lemieux, Le quotient politique vrai. Le vote provincial et fédéral au Québec, Québec, Presses de l'Université Laval, 1973, 274 pages.

Vincent Lemieux, dir., Personnel et partis politiques au Québec, Montréal, Boréal Express, 1982, 347 pages.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

Herbert F. Quinn, The Union Nationale, a Study of Quebec Nationalism, Toronto, Toronto University Press, 1963, 249 pages.

Jean-Louis Roy, Les programmes électoraux du Québec : un siècle de programmes politiques québécois, tome II, 1931-1966, Coll. « Québécana », Ottawa, Leméac, 1971, 236 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)7081,40
Union nationale (UN)1517,44
Indépendant (IND)11,16
Total86100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)304 70554,09
Union nationale (UN)220 40239,13
Action libérale nationale (ALN)25 5234,53
Indépendant (IND)6 2811,12
Commonwealth coopératif (CCF)2 5130,45
Parti conservateur (CON)1 6790,30
Action libérale nationale indépendant (ALNI)6170,11
Libéral indépendant (LII)5390,10
Union nationale indépendant (UNI)4690,08
Ouvrier (OUV)4100,07
Communistes (COM)1590,03
Total563 297100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale3 331 882
Personnes inscrites753 310
Suffrages exprimés570 631
Suffrages valides563 297


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite22,61
% de participation75,75
% des suffrages valides98,71
% de la population s'étant exprimée17,13


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges86
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats248
Nombre de candidates0
Nombre de femmes élues0


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines0,00
% des femmes à l'assemblée0,00
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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