Élections québécoises de 2003

 
14 avril 2003

Une nouvelle ère libérale


Affiches de la campagne électorale québécoise dans la circonscription de Sherbrooke
L'annonce du départ du premier ministre Lucien Bouchard, le 11 janvier 2001, prend la classe politique québécoise par surprise. Pour lui succéder, le Parti québécois choisit Bernard Landry. Élu pour la première fois à l'Assemblée nationale en 1976, celui-ci a occupé plusieurs ministères au cours de sa carrière, dont celui des Affaires internationales, en plus d'être vice-premier ministre. Lors de son passage aux Finances, entre 1996 et 2001, Landry a été associé à l'atteinte du « déficit zéro », une des priorités du gouvernement Bouchard.

Un électorat volatil

Entre 2001 et 2003, le Parti québécois est toutefois malmené dans les sondages. Après avoir joué un rôle secondaire depuis sa création, en 1994, l'Action démocratique du Québec connaît en 2002 les meilleurs moments de son histoire. Lors d'élections partielles tenues en avril et en juin, elle stupéfait en faisant élire 4 de ses candidats. Ces victoires portent sa députation à 5 avec le chef Mario Dumont qui représente Rivière-du-Loup depuis 1994.

Mieux encore, l'Action démocratique atteint des sommets de popularité au cours de l'été, dépassant même la barre des 40% dans certains sondages, ce qui la placerait en position de former le gouvernement. Cet engouement soudain sidère les analystes qui s'interrogent sur les chances de la jeune formation de se maintenir à ce niveau jusqu'à la prochaine échéance électorale.

De fait, le Parti libéral reprend graduellement le terrain perdu au début de 2003. Toujours dirigé par Jean Charest, il attire des candidats bien en vue - Marc Bellemare, Yves Séguin, Philippe Couillard, etc. Les libéraux défendent un programme qui propose, entre autres, un gel des dépenses dans tous les ministères, sauf en santé et en éducation où le budget sera bonifié. Ils envisagent aussi une réduction de l'État à long terme et une diminution du fardeau fiscal de 5 milliards de dollars sur 5 ans : « Les citoyens du Québec ne seront plus les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord. » (25 mars p. A2) « Nous sommes prêts », proclame le slogan libéral, le chef Charest assurant que le cadre financier suggéré a été jugé crédible par des spécialistes.

Le premier ministre Bernard Landry joue pour sa part la carte de l'expérience et de la stabilité, s'appuyant sur le bilan des dernières années : surplus budgétaires, création d'emplois à la hausse, paix des Braves avec les Cris, etc. Dans l'optique de privilégier la situation des familles, il met également de l'avant une série de mesures qui sont vigoureusement débattues, dont les crédits d'impôts et l'encouragement à la semaine de 4 jours de travail.

Landry doit aussi défendre les résultats de son gouvernement en matière de santé ainsi que les récentes performances de la Caisse de dépôt et de placement qui éveillent des inquiétudes. Un autre dossier chaud est celui des fusions municipales. La levée de boucliers qu'il a suscitée dans certaines régions pourrait favoriser le Parti libéral qui promet de donner voix au chapitre à ceux qui veulent procéder à des « défusions », une initiative que le premier ministre qualifie de « projet absurde ». (6 avril, p. A4)

Enfin, le chef péquiste évite de placer la question constitutionnelle au coeur des enjeux électoraux : « Il n'y aura plus jamais de référendum sur la souveraineté sans l'assurance morale de le gagner. » (14 mars, p. A3) Mais Jean Charest y fait allusion fréquemment, rappelant que : « Les priorités des citoyens sont autres que d'essayer de préparer un autre référendum. » (13 mars, p. A3) Désireux d'accentuer le contraste entre les deux partis qui mènent dans les sondages, il martèle au cours de la campagne : « Le choix, c'est la souveraineté ou la santé. » (2 avril, p. 3)

Danse à trois ?

Son chef qualifiant les termes fédéraliste et souverainiste de « vieilles étiquettes » (30 mars, p. A2), l'Action démocratique du Québec propose de son côté de « tourner la page sur les chicanes constitutionnelles qui ont occulté les élections pendant 30 ans ». (25 mars, p. A3)

Entouré d'une équipe qui a fait peau neuve - l'ex-maire de Montréal Pierre Bourque, l'économiste Diane Bellemare, la docteure Joëlle Lescop, etc. - , Mario Dumont tente d'éviter de se faire cataloguer trop à droite. Il décrit le radicalisme comme étant « la taille du gouvernement actuel », précisant que « ce que l'ADQ propose par rapport aux abus du passé, c'est un rééquilibrage ». (13 mars, p. A5) En ce sens, le programme adéquiste parle d'une participation du privé en santé, de plus grande liberté de choix pour les parents en éducation, de crédit pour les familles qui gardent leurs enfants à la maison et d'encouragement pour ceux qui veulent rester au travail plus longtemps. Le ton est également plus abrupt avec les syndicats.

Phénomène à peu près inédit au Québec : une véritable lutte à trois partis se prépare dans plusieurs circonscriptions. À mesure que la campagne progresse, le Parti québécois et le Parti libéral confirment tout de même leur avance, alors que l'Action démocratique du Québec glisse sous les 20%.

Le sentiment que les choses peuvent encore changer anime néanmoins le débat télévisé des chefs qui se déroule le 31 mars. Confiant, Jean Charest harcèle Bernard Landry sur le bilan de la Caisse de dépôt et de placement et le presse de dénoncer une déclaration qu'aurait faite l'ex-premier ministre Jacques Parizeau au cours de la même journée. Il tente aussi d'ébranler les convictions des adéquistes à qui il dit : « Un vote pour l'ADQ c'est un vote pour le PQ. » Certains analystes parleront de point tournant pour décrire ce débat suivi par des centaines de milliers de téléspectateurs.

Embellie libérale

Le fossé se creuse dans les sondages, se stabilisant autour de 5 points en faveur des libéraux. Soucieux de « faire sortir » leur vote, les péquistes lancent l'opération « Fierté » dans le dernier droit, une campagne s'adressant à ceux tentés de ne pas se présenter aux urnes le 14 avril. Elle n'empêche pas le Parti québécois de subir un échec. Malgré le fait qu'ils obtiennent 45 sièges et que plusieurs têtes d'affiche, dont Bernard Landry, sont réélues, les péquistes glissent à 33,3% des intentions de vote. Cela signifie une baisse d'environ 470 000 voix par rapport à 1998. Il s'agit de leur plus faible résultat depuis 1973.

Au niveau du pourcentage de voix, les libéraux n'ont pas fait beaucoup mieux que lors des dernières élections générales. La chute du Parti québécois leur permet néanmoins de remporter une majorité avec 76 sièges. Ils réalisent des gains importants à plusieurs endroits, dont la région de Québec, et font même des percées dans des bastions péquistes, dont quelques-uns où les fusions municipales ont laissé un goût amer.

L'Action démocratique du Québec se retrouve pour sa part face à un verdict en demi-teinte. Par rapport aux sondages de 2002, son score constitue un recul indiscutable. En revanche, en comparaison du scrutin de 1998, elle est passée de 11,8% à 18,2% des voix. De plus, le chef Mario Dumont sera maintenant entouré de 3 autres députés à l'Assemblée nationale - contre 4 à la dissolution - , tous provenant de circonscriptions situées dans les régions. Étonnamment, ils en seront à leur première expérience parlementaire puisque les adéquistes victorieux lors des partielles de 2002, à l'exception de Dumont, ont tous été évincés.

Enfin, malgré une lutte contestée, seulement 70,4% des électeurs éligibles se sont prévalus de leur droit de vote.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.

André Pratte, Le temps des girouettes : journal d'une drôle de campagne électorale, Montréal, VLB, 2003, 222 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)7660,80
Parti québécois (PQ)4536,00
Action démocratique du Québec (ADQ)43,20
Total125100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)1 755 86345,99
Parti québécois (PQ)1 269 18333,24
Action démocratique du Québec (ADQ)694 12218,18
Union des forces progressistes (UFP)40 4221,06
Bloc Pot (BPO)22 9040,60
Parti vert du Québec (VERQ)16 9750,44
Indépendant (IND)8 2690,22
Parti Égalité (PE)4 0510,11
Parti démocratie chrétienne (PDC)3 2260,08
Parti marxiste-léniniste (PML)2 7490,07
Total3 817 764100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale7 485 838
Personnes inscrites5 490 551
Suffrages exprimés3 866 248
Suffrages valides3 817 764


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite73,35
% de participation70,42
% des suffrages valides98,75
% de la population s'étant exprimée51,65


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges125
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats646
Nombre de candidates173
Nombre de femmes élues38


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines26,78
% des femmes à l'assemblée30,40
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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