26 mars 2007Une imprévisible lutte à trois
Une pré-campagne active Les libéraux reprennent du mieux dans les sondages en fin de mandat. La polémique qui polarise les débats est alors celle des accommodements raisonnables liés aux différences culturelles. Jean Charest réagit le 8 février 2007 en créant une Commission d'enquête présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor. Ses travaux ne commenceront toutefois qu'après les élections. Cette décision est décriée par l'Action démocratique du Québec dont le chef, Mario Dumont, garde la pression sur le gouvernement. Mais entre 2003 et 2006, le recul des libéraux profite surtout au Parti québécois qui gagne 6 des 9 élections partielles et domine les sondages. Pendant cette période, la course pour trouver un successeur à Bernard Landry procure également une bonne visibilité aux péquistes. C'est un ex-ministre âgé de 39 ans, André Boisclair, qui est couronné le 15 novembre 2005. Après une lune de miel, celui-ci se retrouve rapidement dans la tourmente. Son leadership est même contesté à l'intérieur du Parti québécois dont l'avance dans les intentions de vote s'érode. Les sondages révèlent aussi que l'électorat, en quête de changement, s'intéresse à d'autres formations. C'est le cas du Parti vert, dirigé par Scott McKay, et de Québec solidaire, un parti « féministe, souverainiste, écologiste et altermondialiste » (23 mars, p. A4) dont les porte-parole sont Françoise David et Amir Khadir. Il ne s'agit pas d'un phénomène négligeable puisque, ensemble, les deux recueillent autour de 10% des votes dans la plupart des enquêtes d'opinion réalisées pendant la campagne. Finances, santé et éducation L'économie s'impose comme le thème central, le ton étant donné par le budget du ministre des Finances, Michel Audet, déposé le 20 février. Un élément de suspense subsiste. En effet, ce n'est que le 19 mars, une semaine avant le scrutin, que l'on présentera le budget fédéral. On saura alors quelle somme Ottawa compte verser à Québec afin de compenser le manque à gagner résultant du « déséquilibre fiscal » entre les deux paliers de gouvernement. Le bilan économique libéral est contesté par l'opposition, notamment Mario Dumont selon qui le gouvernement « camouflerait le vrai portrait des finances publiques du Québec ». (7 mars, p. A2.) La situation des soins de santé fait aussi l'objet de vives critiques, tout comme celle de l'éducation. À cet égard, les adéquistes proposent l'abolition des Commissions scolaires. Ils demandent aussi la fin du dégel des frais de scolarité universitaires, ce que les libéraux prônent également mais que les péquistes rejettent, André Boisclair voulant faire de l'éducation sa priorité. Le Parti québécois se distingue aussi sur le plan constitutionnel. Advenant une victoire, Boisclair souhaite la tenue d'une consultation populaire « le plus vite possible », une position que Jean Charest se plait à attaquer : « Entre les chicanes d'André Boisclair et la chaise vide de Mario Dumont, il y a tout le Québec et tous les intérêts supérieurs du Québec et le Parti libéral pour se battre pour notre avenir. » (19 mars, p. A2) Selon les sondages, il aurait l'appui de la population sur ce sujet, les Québécois se disant majoritairement défavorables à un référendum. L'Aciton démocratique du Québec se présente de son côté comme le parti de la classe moyenne, « toujours assez riche quand le gouvernement a une facture à passer ». (23 février, p. A7) Mario Dumont formule une série de promesses sur une foule de thèmes : aide aux régions, support accru à la culture, relance du projet Grande Baleine, révision des libérations conditionnelles, réduction du nombre d'assistés sociaux, etc. Le coût de ces engagements, qu'il chiffre à environ 1,7 milliard de dollars, est dénoncé par les autres partis. Ce qui n'empêche par sa formation d'effectuer une remontée. Le sort des principaux partis est encore dans la balance le 13 mars alors que les chefs débattent devant les caméras de la télévision. Dans les trois cas, il s'agit d'hommes encore jeunes, élus pour la première fois dans la vingtaine, qui ont consacré l'essentiel de leur vie professionnelle à la politique. À sa première expérience du genre, Boisclair fait bonne figure. Personne ne se détache cependant du lot et, à l'approche du sprint final, les résultats semblent imprévisibles. Aucun sondage ne donne une marge déterminante à l'un des trois grands partis, laissant des analystes chevronnés impuissants à deviner l'issue du scrutin. Dans les circonstances, la présentation du budget fédéral, le 19 mars, suscite bien des attentes. L'annonce que le Québec recevra 905 millions le 1er janvier 2008 pour le « déséquilibre fiscal », et à peu près la même somme l'année suivante, fait la manchette. Idem pour la décision du gouvernement de consacrer 700 millions de dollars de ce montant à une baisse d'impôt pour la classe moyenne. Ce coup de poker, à une semaine du vote, suscite des réactions partagées. Un véritable suspense Même si les libéraux semblent reprendre l'avantage, l'hypothèse de l'élection d'un gouvernement minoritaire, une première depuis 1878, reste plausible. Les adéquistes la souhaitent, alors qu'elle est redoutée par le chef libéral qui perçoit un gouvernement fort comme le « seul moyen de défendre nos intérêts et de défendre ce que nous sommes ». (26 mars, p. A5) Le 26 mars 2007, les Québécois ont droit à une soirée électorale palpitante. Avec plus d'un million de votes chacun, du jamais-vu, le Parti libéral, l'Action démocratique du Québec et le Parti québécois se livrent une lutte épique dans plusieurs circonscriptions où il faut attendre quelques heures avant de connaître le gagnant. Jean Charest est même menacé dans Sherbrooke où la chaîne Radio-Canada donne son rival, Claude Forgues, victorieux. Le verdict sera éventuellement révisé. La soirée reste difficile pour le gouvernement sortant dont la députation est sérieusement amputée. Avec seulement 33,1% des voix, les libéraux atteignent un plancher historique. Malgré l'arrivée de recrues comme Pierre Arcand et Christine Saint-Pierre, ils subissent de nombreux reculs et plafonnent à 48 députés, un score nettement à court de la majorité convoitée. La grande surprise est l'accession de l'Action démocratique du Québec au statut d'opposition officielle. Une poussée de fin de campagne propulse en effet la formation de Mario Dumont à 30,9% des intentions de vote, ce qui lui permet de faire élire 41 députés, un sommet. Pour plusieurs d'entre eux il s'agira d'un baptême du feu à l'Assemblée nationale, une situation qui soulève des interrogations, particulièrement dans un contexte de gouvernement minoritaire. Les péquistes connaissent pour leur part une forte déception. Incapables de fermer la marge les séparant des libéraux, ils doivent se contenter de 28,4% des votes et de 36 sièges. Sous une forte pression, le chef André Boisclair réagit en annonçant sa démission le 8 mai. Cette bataille à trois n'est pas la seule originalité du scrutin du 14 mars 2003. Deux autres partis, les Verts et Québec solidaire, franchissent le cap des 100 000 votes, obtenant respectivement 3,8% et 3,6% des suffrages exprimés. Aucun de leurs candidats ne réussit toutefois à être élu. Même si seulement 71,2% des électeurs se sont rendus aux urnes, le suspense entourant cette soirée restera gravé dans la mémoire des Québécois. Le journaliste Michel David parlera le lendemain de « véritable séisme » (27 mars, p. 1) pour décrire les revirements qui l'ont marquée, revirements qui ont presque entraîné l'élection d'un gouvernement minoritaire adéquiste, un scénario qu'à peu près personne n'avait envisagé. Les réactions des médias Sources: La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir. Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages. |
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