Élections québécoises de 2008

 
8 décembre 2008

Retour à un gouvernement majoritaire


Jean Charest, premier ministre du Québec
La politique monopolise les manchettes à l'automne 2008 alors que les élections fédérales du 14 octobre permettent aux conservateurs de Stephen Harper de former un autre gouvernement minoritaire. De plus, le monde entier s'intéresse au scrutin historique du 4 novembre aux États-Unis. Il porte pour la première fois un Afro-Américain, le sénateur Barack Obama, à la présidence.

Deux mains sur le volant

Depuis qu'un gouvernement minoritaire a été élu en avril 2007 à Québec, une première en près de 130 ans, plusieurs observateurs envisagent même l'éventualité d'élections provinciales précipitées. La rumeur s'enfle à l'automne 2008 alors que le Parti libéral domine régulièrement dans les sondages. Son chef, le premier ministre Jean Charest, y est d'ailleurs considéré comme le plus apte à diriger le Québec advenant une crise économique majeure, une hypothèse que l'on évoque fréquemment.

Pour leur part, les autres partis se retrouvent dans une position difficile pour faire face à l'électorat. L'Action démocratique du Québec (ADQ), qui constitue l'opposition officielle, n'a pas répondu aux attentes de l'opinion publique. Elle chute dans les sondages et, le 23 septembre, deux de ses députés la quittent pour joindre les rangs du gouvernement libéral.

De son côté, le Parti québécois semble encore en transition. Les résultats décevants du vote d'avril 2007 ont amené le départ d'André Boisclair. C'est sa principale rivale dans la course au leadership de 2005, Pauline Marois, qui lui succède. Après avoir renoncé à la politique, cette ex-ministre, détentrice de portefeuilles importants dans différents gouvernements péquistes, effectue un retour à l'Assemblée nationale à l'automne 2007.

Peu de temps après la mise à jour économique de la présidente du conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, Jean Charest annonce la tenue d'élections pour le 8 décembre. Pour justifier sa décision, il argumente qu'un « gouvernement minoritaire est un gouvernement instable » et que « ça prend de la stabilité politique pour avoir de la stabilité économique ». (6 novembre, p. 1)

Faisant référence aux nuages économiques et à la majorité qu'il souhaite reprendre en chambre, il met de l'avant une formule qu'il martèlera tout au long de la campagne : « On ne peut pas avoir trois paires de mains sur le gouvernail alors qu'il y a une tempête qui s'annonce. » (6 novembre, p. A10.) Une autre image fréquemment utilisée, celle des « deux mains sur le volant », fera aussi le régal des caricaturistes.

Thèmes de la campagne

D'entrée de jeu, les libéraux veulent imposer leur slogan : « L'économie d'abord, Oui. » Ils parlent d'investir massivement dans les infrastructures, de hausser le salaire minimum et de bonifier les sommes pour prêts et garanties de prêts aux entreprises ainsi que les montants investis par la Société générale de financement. Même si des thèmes comme la santé et les places en garderies sont abordés, le gouvernement veut clairement centrer les enjeux sur l'économie.

Le chef adéquiste, Mario Dumont, se moque du slogan libéral - « L'économie prend le bord » (10 novembre, p. 1) - et propose de moderniser l'État en revoyant le modèle hérité de la Révolution tranquille. Il déplore la situation de la classe moyenne, en plus d'évoquer la possibilité de privatiser partiellement Hydro-Québec et de remettre davantage de prestataires d'aide sociale au travail.

Dumont critique aussi le gouvernement sur la sécurité et la réforme de l'enseignement, dont les cours d'éthique et de culture religieuse. Malgré une baisse d'intérêt pour cette question depuis le dépôt du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, en mai, il rappelle également les effets nocifs du multiculturalisme : « une forme de négation, la négation d'une histoire, la négation de ce qui existe sur un territoire ». (10 novembre, p. 1)

Le Parti québécois propose sa propre stratégie - le plan Marois - face à la crise. Elle prévoit, entre autres, de l'aide aux entreprises et à ceux qui ont perdu leur emploi ainsi que la mise sur pied d'un fonds d'investissement stratégique par la Caisse de dépôt et de placement (CDPQ) pour diversifier l'économie. Des places en garderies, une réduction des délais dans les urgences et l'augmentation des groups de médecine familiale sont aussi envisagées par les péquistes qui dénoncent l'inaction du premier ministre en matière de santé : « Ça fait six ans qu'il est au pouvoir, c'est lui qu'on juge actuellement. » (20 novembre, p. B7) Leur cadre financier est défendu le 21 novembre par le député François Legault.

Les deux principaux partis d'opposition critiquent durement les états financiers que le gouvernement dépose le 7 novembre. Ils se heurtent toutefois à un mur lorsqu'ils exigent le dévoilement des résultats de la CDPQ. Source d'inquiétude à la lumière de l'incertitude économique mondiale, ce refus alimente les rumeurs et les attaques des chefs adéquiste et péquiste qui se font insistants lors du débat télévisé du 25 novembre.

Pari gagnant pour les libéraux

Sorti en force dans les premiers sondages de la campagne, le Parti libéral reste inébranlable. Il se maintient à plus de 40% des intentions de vote, ce qui l'assurerait d'une victoire confortable sur le Parti québécois qui plafonne environ 10 points derrière. Le recul le plus marqué est celui de l'Action démocratique du Québec. Sous la barrière des 20%, celle-ci risque de perdre une forte partie de sa députation.

Loin derrière eux, sous la barre des 5%, on retrouve le Parti Vert dont l'ex-chef, Scott McKay, est passé au Parti québécois. Québec solidaire, qui offre « de construire une nouvelle économie au service des gens » (25 novembre, p. A7), espère pour sa part une percée dans Mercier. Un de ses co-chefs, Amir Khadir, y est au coude-à-coude avec le péquiste Daniel Turp.

Les choses s'embrouillent à l'approche de la ligne d'arrivée. À parti de la fin novembre, l'attention se tourne en effet vers Ottawa où le gouvernement minoritaire conservateur de Stephen Harper est sérieusement menacé. Bien qu'il restera sans suite, le pacte entre les partis d'opposition, conclu le 6 décembre, provoque une telle réaction qu'il éclipse les enjeux de la campagne provinciale. Celle-ci se termine sans éclat.

Aussi, peu de gens s'étonnent de voir les libéraux reprendre le pouvoir, cette fois à la tête d'un gouvernement majoritaire. Jamais menacés, ils obtiennent 42,1% des voix et 66 sièges. Cette récolte permet à Jean Charest de devenir le premier premier ministre du Québec depuis Maurice Duplessis à obtenir trois mandats consécutifs.

Le Parti québécois améliore également son score avec 35,2% des votes. Il remporte 51 sièges, soit 15 de plus que lors du scrutin de l'année précédente, un sommet historique pour un parti d'opposition au Québec. La chef Pauline Marois sera entourée de plusieurs candidats vedettes de son parti, une situation qui contraste avec l'Action démocratique du Québec, ramenée à 16,4% et 7 députés. Cet échec, un an et demi seulement après le succès de mars 2007, incite Mario Dumont à annoncer à ses militants qu'il quitte ses fonctions et renonce à siéger comme député.

Le dénouement est plus heureux du côté de Québec solidaire qui fait élire le premier député de son histoire. Avec la victoire d'Amir Khadir, quatre partis seront maintenant représentés à l'Assemblée nationale.

Enfin, les analystes ne manquent pas de souligner le taux de participation anémique de 57,4%. Il traduit un désintérêt, certains disent même un écoeurement, des Québécois face à la politique partisane.


Les réactions des médias

Sources:

La bibliographie suivante a servi à la rédaction des résumés des campagnes électorales. La presse québécoise a également été mise à contribution. Elle nous a permis de suivre sur une base quotidienne le fil des différentes campagnes et d'identifier les citations qui ont été intégrées aux textes. Sauf indication contraire, celles-ci proviennent du quotidien Le Devoir.

Vincent Lemieux, Le Parti libéral du Québec : alliances, rivalités et neutralités, Québec, Presses de l'Université Laval, 2008, 214 pages.



Répartition des sièges
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)6652,80
Parti québécois (PQ)5140,80
Action démocratique du Québec (ADQ)75,60
Québec solidaire (QS)10,80
Total125100.00

Répartition des votes
PartiN%
Parti libéral du Québec (PLQ)1 366 04642,08
Parti québécois (PQ)1 141 75135,17
Action démocratique du Québec (ADQ)531 35816,37
Québec solidaire (QS)122 6183,78
Parti vert du Québec (VERQ)70 3932,17
Indépendant (IND)6 5060,20
Parti indépendantiste (PINDE)4 2270,13
Parti marxiste-léniniste (PML)2 7270,08
Parti durable (PDUR)5670,02
Parti république du Québec (PREP)1400,00
Total3 246 333100.00



L'électorat en nombres absolus
Population totale7 651 531
Personnes inscrites5 738 811
Suffrages exprimés3 295 914
Suffrages valides3 246 333


L'électorat en pourcentages
% de la population inscrite75,00
% de participation57,43
% des suffrages valides98,50
% de la population s'étant exprimée43,08


Les candidats et les élus en nombres absolus
Nombre de sièges125
Sans élection (élu par acclamation)0
Nombre de candidats651
Nombre de candidates202
Nombre de femmes élues37


Les candidats et les élus en pourcentages
% de candidatures féminines31,03
% des femmes à l'assemblée29,60
* Le droit de vote et de se présenter est accordé aux Québécoises en avril 1940
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