Élections québécoises de 1931 dans les médias

 
«...Le gouvernement Taschereau avait mis en ligne des lutteurs plus nombreux et plus aguerris ; en outre il avait choisi son heure. Le chef est un calculateur froid qui sait peser les circonstances. Plusieurs étaient sous l'impression que le coup de la Beauharnois, manifestement monté en vue des élections, serait fatal au gouvernement de Québec ; M. Taschereau a jugé que le déficit prévu de soixante millions à Ottawa, que les embarras de l'agriculture et maintes promesses non encore rachetées par M. Bennett, étaient des contrepoids suffisants ; et il est descendu dans l'arène. L'événement a justifié ses prévisions, il les a même dépassées, car la veille du scrutin beaucoup d'organisateurs libéraux concédaient au moins une vingtaine de sièges à leurs adversaires conservateurs. Ici c'est la masse des silencieux qui a joué une nouvelle fois, elle augmente depuis que se multiplient les radios ; et elle est mieux préparée du côté des libéraux par une presse depuis longtemps très répandue. »

Jules Dorion, « Les élections d'hier et leur résultat », L'Action catholique, 25 août 1931, p. 3.


«...Cet effort désespéré aboutit à une éclatante et honteuse défaite. Le chef de la Gang mord la poussière dans les deux circonscriptions de Montréal où sa fatuité et sa sottise (car il n'est pas même intelligent) l'avait amené à se porter candidat. Élu il y a un an et demi à 45,000 voix de majorité, cet artisan de ténèbres et d'anarchie est rejeté au néant par une population respectueuse de l'ordre qui a flairé en lui un ennemi du bien public. Ce n'est pas, en effet, l'aspect le moins significatif de la journée d'hier que le soulèvement des quartiers ouvriers contre ce dangereux démagogue. Ceux même dont il s'était appliqué avec un art diabolique à aigrir les rancoeurs contre les riches, l'ont vomi. Aujourd'hui, par toute la province de Québec, les honnêtes gens respirent plus librement. L'air est assaini. Il le sera encore davantage quand nous aurons nettoyé les écuries de l'hôtel de ville en envoyant quelques membres de la Gang casser de la pierre avec Donat Houde. »

Olivar Asselin, « La réponse du Québec », Le Canada, 25 août 1931, p. 1.


«...la cause principale, avons-nous dit, et la meilleure justification de la déroute conservatrice, c'est l'impopularité du gouvernement tory d'Ottawa. Pour ma part, comme simple électeur, j'ai pris ma décision de voter pour le candidat libéral de ma circonscription, le jour où M. Bennett a accroché au cou de M. Houde la meule qui l'a noyé; et beaucoup d'autres, je pense, ont fait comme moi, pour le même motif. Qu'on ne voie pas ici de parti pris. À maints égards, j'admire profondément le premier ministre du Canada, son courage, son talent, sa puissance de travail, son dévouement très réel à la chose publique. (...) Par malheur, ses tendances dangereuses encouragées par la servilité de ses partisans, aggravées par ses habitudes et ses accointances d'homme d'argent, peuvent mener le pays à un désastre. J'ai noté le caractère inquiétant de la dictature qu'il s'est fait octroyer à la fin de la session. De cette dictature, la plupart des gouvernements provinciaux semblent vouloir se faire des instruments ou les complices, les uns à cause de leurs embarras financiers, les autres par esprit de parti. S'il eût fallu que le gouvernement de Québec entrât dans l'orbite du Jupiter fédéral, tout contrepoids à son omnipotence aurait manqué. »

Henri Bourassa, « Leçons et réflexions », Le Devoir, 26 août 1931, p. 1.


«...La joie du triomphe savourée, l'homme de gouvernement, le parlementaire d'expérience, sera-t-il aussi enchanté de n'avoir devant lui qu'une opposition décimée, privée de certains de ses meilleurs travailleurs et numériquement si faible qu'il lui sera impossible d'exercer sur l'administration un contrôle efficace et général ? On en peut douter. D'ailleurs, il n'y a pas très longtemps encore, si nous ne nous trompons, que le premier ministre a formulé des réflexions qui autorisent ce doute. Pour la province, c'est le côté regrettable de l'élection que cette réduction à une sorte de squelette de l'opposition officielle. Nous savons, par expérience, qu'il est très rare dans nos parlements - et ceci tient à nos moeurs politiques, non point à la couleur des politiciens - qu'un député ministériel se permette d'exprimer une opinion personnelle, d'émettre une critique quelconque. C'est une besogne qu'on laisse à l'opposition. S'il arrive que l'opposition soit incapable de s'acquitter de cette tâche, il y a danger que l'intérêt public en souffre, car il n'est pas bon qu'un gouvernement soit privé d'efficace contrôle. C'est une vérité vieille comme le régime parlementaire. Le résultat d'hier n'y changera rien. »

Omer Héroux, « L'élection d'hier », Le Devoir, 25 août 1931, p. 1.


«Art difficile et presque perdu. L'introduction dans les campagnes politiques de la radio qui dissémine les discours d'un bout à l'autre des provinces et, avec les discours, les applaudissements des claques ; le perfectionnement apporté à l'organisation préalable des assemblées de tous les partis, auxquels l'automobile permet de transporter d'un bout à l'autre d'un comté ou d'une région des équipes volantes d'auditeurs plus ou moins bien rémunérés ; le détachement apparent de milliers d'électeurs qui ne fréquentent pas, eux, les assemblées, restent chez eux, lisent les journaux, écoutent la radio et ne disent rien, mais votent ; cela et bien d'autres facteurs aussi font qu'il est difficile de risquer de justes prédictions des résultats électoraux. »

G.P., « L'art des pronostics », Le Devoir, 25 août 1931, p. 1.


«...Le témoignage de confiance que lui (Taschereau) donne l'électorat est d'autant plus éloquent qu'il se manifeste à un moment où la crise économique, suivant un phénomène psychologique fréquemment observé, tend à produire dans la masse populaire de violents ressauts. C'est un fait notoire que les libéraux eux-mêmes, ni les organisateurs du parti, ni le chef du gouvernement, ne s'attendaient à une si fulgurante victoire. M. Taschereau, au commencement de la campagne, a ouvertement reconnu qu'il était désirable qu'il y eût dans la législature une opposition suffisamment nombreuse pour exercer l'influence régulatrice que comporte son rôle dans l'opération de notre régime parlementaire. On ne saurait dire que onze oppositionnistes seront capables de constituer un contrepoids efficace aux effectifs ministériels, et cela fait peser sur les épaules du premier ministre et des membres de son cabinet une responsabilité additionnelle et peut leur être en certains cas une source d'embarras. Qu'il n'y a toutefois pas là un péril inévitable, cela est démontré par le fait que, bien que depuis plus de trente ans l'opposition n'ait eu que dans une législature plus de vingt sièges à l'Assemblée législative, le peuple, à chaque occasion, a exprimé son entière satisfaction du régime libéral. »

« Le scrutin d'hier », La Patrie, 25 août 1931, p. 4.


«...Les élections sont terminées ; la fièvre qu'elles avaient fait naître est tombée. Cette paix est propice à qui veut en tirer quelque enseignement. Elles ont été précédées d'une campagne ardente, plus ardente que d'habitude. Un des signes de cette sévérité de la lutte est l'absence d'élection par acclamation. Chaque siège a été contesté ; à chaque candidat s'est opposé un candidat, à chaque argument un argument, à chaque accusation une accusation. Les coups tombaient drus, de part et d'autre, et l'issue paraissait difficile à prédire. Une troupe vigoureuse et disciplinée donnait l'assaut aux positions du gouvernement. Le chef de l'opposition tenait des réunions triomphales. Sans aucun doute la lutte était serrée. Pourtant, au soir du scrutin, le mordant des troupes de l'opposition n'avait pas entamé les positions gouvernementales. Il s'était heurté à la masse des électeurs silencieux, conservateurs dans le sens obstinément fidèles à leurs traditions, qui ne manifestent pas, ne disent rien, mais n'oublient pas pour cela d'aller voter. Ces silencieux sont le grand nombre, et c'est eux qui, en fin de compte, règlent les élections. »

« Après les élections provinciales », Le Petit Journal, 30 août 1931, p. 6.


«...La population du Québec a démontré à l'évidence qu'elle est satisfaite du régime Taschereau et qu'elle a confiance aux hommes qui le composent pour résoudre les problèmes économiques et sociaux nés de la présente crise. Elle s'est refusée à tenter l'expérience des doctrines frisant plus ou moins le socialisme que le leader conservateur et ses amis lui proposaient en des formules séductrices. M. Houde aurait peut-être réussi s'il se fût adressé aux ouvriers de Grande-Bretagne, d'Australie ou même de certaines provinces canadiennes. Ses paroles n'ont pas eu de prise sur des auditoires où se trouvaient une forte proportion de descendants de la vieille Normandie française dont le fond du caractère a toujours été le sens de l'ordre et de la justice. La masse des électeurs de la province a vu en l'hon. M. Taschereau un homme droit, pondéré, raisonnable, dans l'acceptation complète de ce mot, champion déterminé des prérogatives provinciales, comme l'a prouvé principalement sa lutte contre le projet de canalisation du Saint-Laurent en union avec les États-Unis, un homme sincère, disposé à gérer la chose publique dans l'intérêt de notre communauté, et elle lui a accordé ses suffrages. C'est un beau témoignage et le premier ministre a raison de s'en sentir encouragé. »

« Le verdict d'hier », La Presse, 25 août 1931, p. 6.


«...Cette double défaite du maire Houde ruine probablement à tout jamais sa carrière politique éphémère. En tout cas, il faut espérer qu'il rentrera bientôt dans l'ombre d'où il est sorti, n'ayant rien des qualités qui font le bon législateur et le sage politique. Tandis que l'honorable premier ministre L.-A. Taschereau sort grandi de cette lutte homérique, Houde en sort rapetissé, et tous ceux qui avaient cru deviner en lui un chef capable de les conduire à la victoire sont fort humiliés. Le peuple québécois a définitivement établi en principe hier qu'on ne se sacre pas soi-même grand politique du jour au lendemain, parce qu'on a du tribun la grosse voix et qu'on a tout de l'arriviste. Les électeurs de cette province se sont souvenus, hier, des procédés déloyaux dont se sont servis certains membres de l'Opposition pour perdre dans la confiance publique un homme dont la plus grande richesse est encore sa réputation. Les électeurs n'ont pas oublié les procédés monstrueux et les allégations injurieuses de M. Houde et de ses partisans et ils ont jugé sévèrement ceux qui tentaient d'arriver au pouvoir en se servant de méthodes aussi condamnables. »

« Splendide victoire », La Tribune, 25 août 1931, p. 4.


«...the parrot cry that the present Government has been too long in office is so obviously illogical that even the least intelligent elector is unlikely to be misled by it. A government is long in office only because it succeeds in retaining the confidence of the people and has its mandate periodically renewed by them. Nor do the electors send a party back into office, election after election, unless they are measurably satisfied that their business has been and is being conducted capably and honestly. The electors are now being told that their judgment in the past has been wrong and that they must so declare with their votes. As a matter of plain logic it is highly creditable to the Liberal party and its ministerial representatives that the confidence and support of the province has been so long preserved and retained. »

« The Campaign Closes », The Gazette, 22 août 1931, p. 12.



  ©  Tous droits réservés - Bilan du Siècle - Directeur: Jean-Herman Guay Perspective monde