Élections québécoises de 1935 dans les médias

 
«...Pour la première fois dans la province de Québec, et même le pays tout entier, une élection s'est faite par un parti qui a ouvertement et publiquement tendu la main à ceux qui avaient assez confiance en son programme pour s'imposer des sacrifices afin de le faire triompher. C'est une modification radicale dans les méthodes habituelles de remplir ce qu'on est convenu d'appeler la C.E. (campagne électorale). Elle ne s'est pas avérée aussi efficace que l'ancienne puisque, faute de ressources, le Parti Duplessis-Goun a été forcé de négliger entièrement quelques comtés, dont ceux du bas du fleuve ; mais elle est un symptôme très significatif, dont il serait téméraire de ne pas tenir compte. Donner, - et quelques-uns l'ont fait avec une générosité extraordinaire puisqu'ils prenaient sur leur nécessaire - donner non pas à la façon des profiteurs qui ne sèment que pour récolter au centuple, mais donner sans espoir de retour, et uniquement pour servir le pays et la société, est la meilleure preuve d'une conviction dont il est imprudent de mésestimer la profondeur. »

Jules Dorion, « La leçon d'hier, la vraie leçon », L'Action catholique, 26 novembre 1935, p. 4.


«...L'alerte a été chaude, mais la victoire en définitive reste au jugement serein du peuple sur sa mauvaise humeur passagère. Sans doute, la majorité parlementaire du parti ministériel sera très réduite à la prochaine législature, et l'on peut redouter de ce chef pour l'avenir des conséquences assez paralysantes pour les mesures du gouvernement les plus utiles et les plus nécessaires au bien public. Il reste néanmoins que la journée d'hier, maintenant au pouvoir un parti qui subit l'inévitable usure d'une longue faveur populaire - et le peuple maintenant ce parti à la tête des affaires, fut-ce par une faible majorité, quand partout au Canada et même en Amérique du Nord tous les gouvernements sont dévorés les uns après les autres par le sphinx redoutable de la crise - il reste, disons-nous, que cette journée est à tout prendre un magnifique témoignage de confiance du peuple de la province de Québec dans les principes salutaires du libéralisme. Le grand parti libéral, après avoir surmonté une semblable tempête, peut envisager l'avenir avec confiance et sérénité. »

Edmond Turcotte, « Le drapeau libéral bat fièrement au grand mât », Le Canada, 26 novembre 1935, p. 2.


«...De quoi s'agira-t-il lundi prochain ? Non pas de chasser des hommes incapables de faire autre chose que du mal ; non point de les remplacer par d'autres, qui sauraient tout, pourraient tout et seraient, indéfectiblement, hors des prises du mal et de l'erreur. Avec quelque juste colère que nous ayons flétri, par exemple, cette abomination qui s'appelle la loi Dillon, nous n'avons pas la sottise de croire, et nous ne commettons pas l'injustice de prétendre, que le gouvernement actuel n'a fait, ne peut faire que du mal. Nous n'avons pas davantage l'extrême naïveté de penser que ses remplaçants ne feront que du bien, ou feront même tout le bien que nous souhaiterions. Mais les élections nous imposent un choix : Il faut opter entre le maintien du régime actuel et son remplacement. C'est le point sur lequel, tout compte fait, en toute loyauté - et sans qu'il soit besoin d'injurier ceux qui ne pensent pas comme lui - il faudra que chacun de nous se prononce. »


Omer Héroux, « Le leçon de Laurier », Le Devoir, 20 novembre 1935, p. 1.

«...Le gouvernement se présentait, avec l'usure sans doute qui est l'accompagnement obligé de tous les vieux régimes, avec le désavantage de faire sa bataille en pleine crise, mais avec, à peu près, tous les autres avantages possibles : le prestige de nombreuses victoires, une réputation de quasi-invincibilité née de ce prestige même et de la terreur qu'inspirait la « machine », une organisation puissante, constamment tenue à un haut degré d'efficacité, l'appui, violent ou nuancé, de la presse quotidienne presque tout entière, l'appui même, exprimé dans sa manière particulière, du principal journal conservateur de la province, la Gazette, la sympathie, peut-on affirmer sans beaucoup de risque, des grandes puissances d'argent, un vieux fonds d'esprit de parti, très efficace encore et sur lequel on a joué à plein, l'aide, à fond, des libéraux fédéraux, qui venaient de balayer la province, l'énorme influence enfin, directe ou indirecte, du patronage provincial, des positions dont dispose le gouvernement des subventions qu'il a pu prodiguer un peu partout. (...) En face de cette formidable coalition de forces puissantes, une opposition sans grandes ressources matérielles, incapable même de solder les frais d'une propagande un peu étendue, composée d'éléments qui pensaient et sentaient à peu près de même sans doute, mais formés dans des cadres très différents, et qui ne sont associés qu'à la veille même du scrutin, alors qu'il a fallu hâtivement régler la collaboration de gens qui jusque là s'étaient battus chacun de leur côté. Telles furent, en gros, les conditions de la lutte. »

Omer Héroux, « Après le scrutin », Le Devoir, 26 novembre 1935, p. 1.


«...Depuis 1929, on a vu de toutes parts tomber les gouvernements, et chacun se rendait compte que c'était un effet inévitable de la crise économique. Le scrutin d'hier a prouvé que le gouvernement Taschereau lui-même, si fermement fût-il retranché dans ses positions, ne pouvait échapper à cette influence irritante des temps difficiles. Mais aux lourdes pertes qu'il a essuyées on ne peut manquer de voir aussi une autre cause, qui est la division survenue au sein du parti libéral. M. Duplessis a fait gagner du terrain au Parti conservateur, puisqu'il a fait élire 16 de ses candidats ; mais les ministériels ont surtout souffert de la bataille que leur a livrée, sous la conduite de M. Paul Gouin, l'Alliance libérale nationale, qui a remporté 26 sièges, tous enlevés au gouvernement. Comme résultat net de la journée, le gouvernement Taschereau est maintenu au pouvoir, mais seulement, comme disent les Anglais, «by the skin of the teeth». (...) Beaucoup désiraient que fût constituée une opposition suffisamment forte pour exercer l'influence modératrice que comporte son rôle ; on en aura une tellement forte que, si elle s'y détermine, elle pourra possiblement paralyser le gouvernement dans ses oeuvres nécessaires. »

« Le scrutin d'hier », La Patrie, 26 novembre 1935, p. 8.


«...Il faut encore remarquer l'échec d'un argument prodigué pendant la campagne électorale. On a invoqué la solidarité, l'harmonie nécessaires entre les deux gouvernements, fédéral et provincial. On disait : un gouvernement libéral à Ottawa et un gouvernement libéral puissant à Québec, débarrassés des tracasseries de l'opposition, pourront faire de grandes choses pour le bien général. Cet argument n'a pas porté ; et dans les villes où l'intervention fédérale s'est faite la plus pressante, le gouvernement de M. Taschereau a subi ses plus rudes échecs. Faut-il en conclure que les Canadiens-français sont moins attachés qu'on ne le croyait à la routine des partis, aux étiquettes, et qu'ils se réservent de voter à droite pour Ottawa, à gauche pour Québec, sans trop s'occuper des consignes ? Il le semble, et c'est peut-être la plus grande leçon de ces deux élections successives. »

« Commentaires sur les élections provinciales », Le Petit Journal, 1er décembre 1935, p. 6.


«...Libérale depuis au-delà de trente ans, la province de Québec le demeure toujours, mais l'administration a considérablement souffert de la désaffection qui frappe tous les gouvernements en temps de crise et de difficultés. Les mécontentements devaient trouver une issue, une expression, comme ils l'ont fait dans presque toutes les autres provinces du Canada, au terme de ces cinq années de souffrances généralisées, et ils ne pouvaient trouver meilleur véhicule que le scrutin. L'administration actuelle, qui a traversé victorieusement l'épreuve de 1931, a perdu beaucoup de terrain pendant la journée d'hier. Maltraitée, mais non battue, comme s'exprime un confrère anglais du matin, elle aura en face d'elle à la prochaine session, une opposition de 48 députés sur 90, soit en sa faveur une majorité de six seulement. Qu'il y ait là une expression évidente de mécontentement, on s'accordera généralement à le reconnaître dans la province et à l'extérieur. »

« Le verdict électoral », La Presse, 26 novembre 1935, p. 6.


«...Malgré la coalition, tantôt boiteuse, tantôt étroite des semeurs de discorde, malgré le concours de certaines influences étrangères à la politique, malgré la malveillance des chefs de file du mouvement duplessiste-gouiniste à l'endroit du gouvernement Taschereau, le parti libéral reste au pouvoir, l'éminent chef de ce parti sort plus grand que jamais de la lutte de corsaire qu'on lui a fait subir, et la plupart de ses ministres participent aux honneurs de la mémorable journée du 25 novembre 1935. Il convient de souligner que le verdict d'hier est la réponse de l'électorat bien pensant à la horde des politiciens de bas étage qui ont vainement essayé, des semaines et des mois durant, d'empoisonner les intelligences, de corrompre les esprits et les coeurs, d'introduire chez tous et chacun la jalousie mesquine, les soupçons malhonnêtes, bref la réponse des électeurs pondérés et incorruptibles aux choristes de l'erreur et de l'hypocrisie. »

« Après la bataille...», La Tribune, 26 novembre 1935, p. 4.


«...The results in yesterday's Provincial elections in Quebec bear out what we have been saying ever since the series of Provincial « upsets » began, and that is that there is an underlying ground wave of « revolt » in Canada, as there was in the United States, against any and every sitting Government. The fact that it fell short of upsetting the Taschereau Government in this province is in reality a strong testimonial to the strength of that Administration. The truth is that the hear-headed, largely non-political, very little vocal mass of the people who take their politics over the radio - if at all - have been thoroughly discontented for quite some time with economic conditions, and have gone on what is fundamentally a sound policy of dismissing public servants who fail to cure public evils. There is, indeed, no other way in which the very busy man, who has little contact with public affairs, can judge his rulers. He must judge them by results. If they do not get him a job and a living and a glint of hope for better things, out they go. They are like « cooks » who might « talk » a good meal but fail to serve one. »

« The provincial elections », The Montreal Daily Star, 26 novembre 1935, p. 1.



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