| «...Tous les jours ont des lendemains, mais tous les lendemains ne suivent pas une élection comme celle d'hier ; voilà pourquoi le 17 août marque une date, un jour où l'électorat s'est prononcé d'une façon plus catégorique que d'habitude, après avoir eu tout le loisir de s'éclairer et de choisir. C'est une vague de fond qui a déferlé, avec la puissance de cet instrument de choc. (...) Si la réaction d'hier a été si violente, c'est que pendant trop longtemps les gouvernants s'étaient bercés de l'illusion que l'opinion publique peut être malaxée indéfiniment, au gré de ceux qui contrôlent toutes les sources d'information. Pendant un temps la domestication de la presse a pu nourrir leur illusion ; mais cela n'empêchait pas les événements de marcher, ni les conséquences de mûrir. Les réactions longtemps différées acquièrent la violence des gaz fortement comprimés. Chez nous cette réaction a été moins violente et est restée dans l'ordre, parce que l'erreur initiale était depuis quelques années corrigée par l'existence d'une presse libre, que ses faibles ressources n'empêcheraient pas de jouer le rôle de modérateur efficace. Souhaitons que la leçon porte tous ses fruits.»
Jules Dorion, « Aujourd'hui est un lendemain », L'Action catholique, 18 août 1936, p. 4. «...Faut-il envier leur succès à M. Duplessis et à ses amis ? Non, car ils l'ont acheté trop cher. M. Duplessis a fait naître des espérances si grandes qu'il sera impuissant à les réaliser. Il a tout promis, et le peuple attend de lui la délivrance d'on ne sait quelle chaine invisible. Cette chaine, elle n'est pas l'oeuvre de quelques individus ni même d'un parti. Elle est inséparable d'un état de choses social auquel M. Duplessis ne saurait rien changer, non seulement parce qu'il en serait empêché par les privilégiés de la fortune qui ont rendu sa victoire possible, mais parce qu'il est lui-même, moralement et intellectuellement, un homme de l'ordre présent. M. Duplessis a semé le vent. Pour l'instant, il a le vent en poupe et il va se faire porter au pouvoir. Mais il récoltera la tempête - lui et les financiers qui, pour un avantage immédiat, n'ont pas craint de jouer avec la révolution. (...) il est des heures troubles où l'homme le plus sensé n'écoute plus la voix de la raison. La colère est plus forte que tout. Nous traversons une de ces époques. Mais il ne faut pas désespérer de notre peuple. Il se ressaisira vite. » Edmond Turcotte, « Hier...et demain », Le Canada, 18 août 1936, p. 2. «...Les directeurs de la campagne provinciale (libérale) jouaient une partie extrêmement dangereuse. En qualifiant de bleus tous ceux qui ne pensaient pas comme eux, en amenant dans la campagne les ministres libéraux, ils s'exposaient, s'ils ne l'emportaient point, à diminuer le prestige de leur parti d'un bout à l'autre du pays, à créer au loin l'impression que les bleus sont redevenus dans la province de Québec une force prépondérante, à rabaisser singulièrement le prestige de leurs chefs fédéraux. Ils n'échapperont point aux suites inévitables de cette tactique. Ils se sont eux-mêmes porté des coups dont la trace marquera longtemps. Mais tous ceux qui ont jeté sur les choses un regard quelque peu attentif savent que la victoire d'hier n'est pas une victoire bleue. Sans doute, le vieux fonds conservateurs de la province compte pour beaucoup dans le succès, mais M. Duplessis a coalisé les éléments les plus divers. Il les a groupés sur un terrain qu'il a déclaré exclusivement provincial, et sous une étiquette nouvelle. Lui-même, conservateur de vieille souche, a voulu crier : Je ne suis ni bleu ni rouge, je suis national, comme il avait dit des semaines plus tôt : La jeunesse n'est ni libérale ni conservatrice ; elle est nationale...» Omer Héroux, « Une explosion », Le Devoir, 18 août 1936, p. 1. «...Cette victoire marque la chute d'un régime qui s'était maintenu au pouvoir pendant l'incroyable durée ininterrompue de quarante ans par la force de l'argent, du gangsterisme électoral, d'un patronnage qui contrôlait la province au pouce carré, d'une corruption qu'il ne sera jamais possible d'égaler, d'une machine électorale que les Américains ont déclarée eux-même supérieure à celle de l'ancienne Tammany Hall. C'est en même temps une victoire sur le parti libéral fédéral, qui avait mis tout le poids de son influence dans la balance; c'est une victoire sur les défections et les manoeuvres vindicatives de l'Ancienne Action Libérale Nationale, qui avait au moins espérer congeler une assez forte partie de l'électorat pour obtenir un résultat neutre; c'est une victoire contre les trusts et la haute finance; c'est une victoire contre la pègre; c'est une victoire contre la magistrature et la police provinciale qui, par omission ou commission, ont fait un zèle partisan; c'est une victoire contre le mensonge, la rouerie et la partisannerie. (...) Québec s'est libéré de ses chaînes. Un chapitre nouveau de son histoire s'est ouvert. » « Une victoire historique », L'Illustration nouvelle, 18 août 1936, p. 4. «...Le chambardement que le verdict d'hier va accomplir rétablit en quelque sorte le jeu normal de notre système parlementaire, qui implique dans le principe le gouvernement par deux partis qui se remplacent périodiquement au timon. Une oscillation inusitée du pendule politique a permis aux libéraux de se maintenir au pouvoir depuis 1897 ; pour s'être fait attendre si longtemps, le mouvement inverse n'en est que plus fort. Il s'est accompli en deux phases dont nous avons pu observer la première au scrutin de novembre dernier, et dont le verdict d'hier constitue la deuxième. Le scrutin de novembre a révélé que le régime libéral touchait à sa fin principalement parce qu'il avait duré plus que le temps normal. Les événements qui se sont produits au cours de la dernière session, et particulièrement l'enquête des Comptes publics, ont pu accélérer sa chute, mais n'en ont pas été la première cause déterminante. Il n'est pas douteux toutefois que l'électorat veut que cette enquête soit reprise et poussée à fond. » « Un nouveau régime », La Patrie, 18 août 1936, p. 8. «...Il eut peut-être été préférable que l'opposition eut été un peu plus nombreuse. (...) Mais nous ne récrions pas. Le peuple a manifesté d'une façon trop claire sa volonté. Il désirait un changement et ce changement, il l'a voulu radical, au point qu'il n'as presque rien laissé de l'ancien régime. Plusieurs conclusions sont à tirer de ce verdict. La plus consolante, c'est que l'esprit de parti a perdu de son emprise sur la population. Cette religion qui avait jadis de nombreux adeptes n'a presque plus de fidèles. La meilleure preuve de cela, c'est que des comités que l'on croyait libéraux « ad vitam aeternam », ont subitement changé leur allégeance politique pour se ranger sous la bannière de l'Union nationale. Si cette mentalité se continue, on en arrivera bientôt à créer dans cette province, un véritable esprit public qui mettra les intérêts de la race au-dessus de ceux des clans et des factions. Pareil esprit contribuera à la bonne administration de la province, car lorsque les gouvernements se rendront compte qu'ils seront jugés sur leurs oeuvres et non sur leur étendard, ils seront certainement plus prudents à ne pas heurter de front l'opinion publique.» « Changement d'équipe », Le Petit Journal, 23 août 1936, p. 10. «...Un des principaux aspects de la journée d'hier, on l'aura remarqué, a été que le peuple ne semble pas avoir voulu se soucier des étiquettes politiques attachées aux groupes qui sollicitaient ses suffrages, pas plus qu'il ne parait avoir voulu tenir compte de certaines traditions de comtés, dont quelques-unes remontaient à trente ans et même au-delà. L'électorat a clairement signifié qu'il désire non seulement un nouveau gouvernement, mais un gouvernement occupé de toutes ses énergies et de tous ses talents à l'entreprise qui presse le plus à l'heure actuelle : replacer définitivement la province de Québec dans la voie de la prospérité où elle avait accoutumée de marcher autrefois. (...) L'élection qui vient de se terminer fera époque dans nos annales politiques. Elle aura révélé les aspirations d'une jeunesse et, en général, d'une population dont la crise économique a modifié les idées et, sous certains rapports, changé les sentiments. Le vote considérable enregistré hier est à lui seul un signe auquel on ne peut se tromper. Le peuple attend de ses chefs les remèdes causés par la dépression et surtout une orientation pour l'avenir. » « À l'oeuvre maintenant », La Presse, 18 août 1936, p. 6. «...Seldom in the history of Quebec has a public man been presented with so great an opportunity as that which the people of this province laid yesterday on the doorstep of the Hon. Maurice Duplessis. As nearly as was politically possible, they gave him a unanimous mandate to clean house in the Provincial Capital, to carry through a series of reforms which he had promised and to keep Quebec in the forefront of the nine Provinces as an example of sane fiscal government. The tide that flowed yesterday was no party current. It was an uprising of the people, irrespective of party. It resembled very closely the results with which we have been familiar for a couple of years now throughout Canada. Everywhere sitting Governments have been unseated. When the repudiated Ministries were all of one party color, politicians were tempted to draw partisan conclusions. But now that a Ministry flying the other flag has been hurled from power, it becomes plainer that what the people of Canada have been voting against is not a party - it is a condition. They have been voting against the Depression. » « Duplessis - his mandate and his opportunity », The Montreal Daily Star, 18 août 1936, p. 10. |
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