Élections québécoises de 2003 dans les médias

 
«...Les abstentionnistes auront donc placé le Québec devant les risques d'une embardée majeure. Il ne s'agit point ici de les blâmer mais de comprendre ce qui a pu les inciter à bouder les urnes. Et à cet égard, le constat s'impose : le Parti Québécois a été sanctionné durement parce qu'il était dans une impasse et que cela devenait insupportable à une partie importante de sa base électorale. La chose apparaissait d'autant plus cuisante que c'est une impasse dans laquelle non seulement il s'était lui-même laissé conduire mais encore et surtout de laquelle il ne semblait pas vouloir donner les signes d'une détermination à en sortir. Il y avait quelque chose de pathétique à voir le chef du parti courtiser l'électorat fédéraliste après avoir promis « une place grandiose pour la souveraineté » dans la campagne et pour un troisième mandat. L'approche de la bonne gestion provinciale avait tourné à la caricature. Après quelques sursauts rhétoriques la souveraineté était de nouveau remisée au rayon des priorités reportées. Les enjeux provinciaux prenaient le pas sur la mobilisation autour de la question nationale. La « drôle de campagne » a fini dans le marasme. »

Robert Laplante, « Le compte à rebours », L'Action nationale, mai/juin 2003, p. 6.


«...Le Parti libéral de Jean Charest est différent de celui de Robert Bourassa. Question d'époque et d'environnement, l'actuel chef libéral subit l'influence du courant conservateur qui se manifeste dans tout le Canada et qui nous vient des États-Unis. Le Québec qu'il veut réinventer sera inspiré davantage par le modèle américain qui valorise le libre-marché. Là où le changement sera le plus évident, c'est sur la question de l'avenir politique du Québec. Consciemment ou non, les Québécois, en élisant le Parti libéral, ont mis entre parenthèses la démarche du Parti québécois vers la souveraineté. C'est ici que la défaite est la plus amère pour Bernard Landry, qui voit son rêve s'éloigner. La porte de l'indépendance du Québec n'est pas fermée à double tour, mais on donne l'occasion au Parti libéral de tenter, sous une autre forme, la réconciliation avortée du Québec avec le Canada lors de l'accord du lac Meech. Qui sait, le prochain référendum portera peut-être sur un nouvel accord de réforme constitutionnelle plutôt que sur la souveraineté. »

Bernard Descôteaux, « La revanche de Jean Charest », Le Devoir, 15 avril 2003, p. A10.


«...Tout indique que, comme prévu, c'est l'Action démocratique de Mario Dumont qui a mêlé les cartes. En effet, avec 46 ou 47 % des suffrages exprimés, le Parti libéral n'améliore que légèrement ses résultats de 1994 et de 1998, environ une dizaine de points derrière le score réalisé par Robert Bourassa en 1985. Tous les suffrages perdus par le Parti québécois de Bernard Landry, par rapport aux scores réalisés par Jacques Parizeau et Lucien Bouchard, ont donc été ramassés par l'ADQ. (...) Mario Dumont aussi espérait que « le printemps donne aux Québécois le goût d'un grand ménage » Mais ce n'est pas lui qui va passer le balai ! Comme un moteur encrassé à la calamine, la campagne adéquiste démarrait sur trois pistons : un programme au jour le jour, des pancartes écrites à la main, un petit groupe de militants à Rivière-du-Loup « L'avenir autrement », c'était pourtant un beau slogan. Mais cela n'a pas suffi pour faire oublier une campagne mal partie et menée sans panache. »

Michel Vastel, « Un triomphe et deux victoires morales », Le Droit, 15 avril 2003, p. 10.


«...Quant au nouveau premier ministre, rarement victoire fut-elle plus méritée, quant au travail et à la persévérance. Après avoir traversé moult vallées du désert et essuyé plus que sa part de quolibets, Jean Charest s'est finalement rendu au fil d'arrivée, donnant raison à monsieur de La Fontaine : c'est le triomphe de la tortue sur le lièvre. On se dit que pour avoir passé au travers de tant de revers tout en gardant le cap - et son calme - le nouveau premier ministre doit avoir une force morale assez remarquable. Il en aura besoin, faut-il dire, car son règne ne sera pas de tout repos. Il devra jongler avec plusieurs « patates chaudes » en même temps, la première - et la plus brûlante - étant la question des défusions. Suivront l'amoncellement des problèmes dans la santé, que la population, sur la foi des promesses de campagne, s'attend à voir rapidement réglés. Et puis le premier budget, dont on verra bien s'il correspond au cadre financier qui était au centre de la plateforme libérale. Enfin, après avoir promis de s'attaquer au déséquilibre fiscal et à la centralisation fédérale, M. Charest devra faire ses preuves sur la scène pancanadienne. Le défis, en somme, se succéderont. »

Lysiane Gagnon, « Le lièvre et la tortue », La Presse, 15 avril 2003, p. 1.


«...Après des débuts pénibles au poste de premier ministre, Bernard Landry a su relever son parti et l'amener aux portes d'une réélection qui paraissait impossible il y a quelques mois à peine. Il l'a fait d'une manière caractéristique : par un feu d'artifice de plans, de politiques et de projets. De plus, M. Landry a su amadouer les souverainistes les plus pressés de son parti, ce qui en soit est une sorte d'exploit. C'est ce qui a permis au PQ hier de sauver les meubles. En bout de piste, toutefois, le goût de changement était tout simplement trop fort. Un grand nombre de Québécois veulent passer à d'autres débats que le débat national. Nombreux sont ceux, aussi, qui souhaitent une remise en cause de l'interventionnisme de l'État québécois, que le premier ministre sortant personnifiait plus que tout autre. Hier, plus de six Québécois sur dix ont voté pour le changement. »

André Pratte, « La victoire d'un bûcheur », La Presse, 15 avril 2003, p. A22.


«...Qui choisir entre le PQ et le PLQ pour faire barrage (à l'ADQ) ? Ici, les nuances comptent. Si on ne se souvient malheureusement plus du passage des Libéraux au pouvoir (ce sont les pères fondateurs des coupures dans le secteur public), on sait que leur philosophie de base repose sur le libéralisme économique et que leur clientèle naturelle de bien-nantis exige d'entrer de plain-pied dans le « tout-au-marché » de la mondialisation actuelle. Ils partagent d'ailleurs avec l'ADQ certaines positions dont la diminution substantielle du rôle de l'État. De plus, la perspective du tandem fédéral-provincial Martin-Charest n'augurerait rien de bon pour le Québec. Quant au PQ, on pourrait faire la très longue liste des raisons pour lesquelles ce parti ne mérite pas la confiance de l'électorat et la récente courte liste des politiques par lesquelles il s'est rapproché d'un certain idéal social-démocrate. Il oscille entre ces deux tendances...mais il oscille ! Ce qui le rend davantage perméable aux pressions en faveur du maintien des acquis sociaux et plus à même de contenir les dérives de la droite. Ce n'est pas rien ! »

Lorraine Guay, « Quel vote pour la gauche ? », Relations, avril-mai 2003, p. 26.


«...Ce matin, tous reconnaîtront sa ténacité et la détermination dont il a fait preuve devant l'adversité - parfois même jusque dans son propre camp ! Le nouveau chef du gouvernement devra maintenant démontrer la même résolution pour gouverner le Québec, pour amorcer, là où c'est nécessaire, les changements attendus et promis. Ce qui paraissait impossible l'automne dernier et improbable lors du lancement de la campagne électorale s'est produit : l'équipe libérale, après neuf ans de disette, a pris les rênes du pouvoir. Le revirement intervenu en pleine campagne électorale est unique dans l'histoire récente. La victoire libérale est convaincante. Le résultat du scrutin indique que la majorité des Québécois, même s'ils se disaient satisfaits du gouvernement Landry, ont accordé une place prépondérante à l'idée du changement. Mais pas à un changement aussi brutal que celui proposé par l'ADQ. Le virage suggéré par Jean Charest, jugé moins prononcé, a davantage plu. C'est un fait que le nouveau premier ministre est le mieux placé pour réaménager l'héritage de la Révolution tranquille sans en dilapider les aspects essentiels. »

Jean-Marc Salvet, « La victoire de Jean Charest », Le Soleil, 15 avril 2003, p. A20.


«...The triumph of Jean Charest and his Liberal Party - because it is finally unequivocally his Liberal Party now, almost five years after he joined it - was not exactly a slam dunk : for most of the last year the Liberals have been scrambling to stay in the game as the Action Démocratique du Québec and the PQ each in turn shot up unpredictably in the polls. What finally shaped last night's result, we believe, was the debate March 31. In the days after the debate, Quebecers around water coolers and on street corners amid the melting snow acknowledged to each other that Charest had been impressive. The francophone swing voters who decide our election were finally able to accept, on the evidence of the debate, that there was a plausible, competent alternative to the Parti Québécois. We are ready, the Liberals said. Charest and his team really did appear to be ready to govern, just as their slogan did. That realization crystallized the deep collective desire for change. »

« Quebecers were ready », The Gazette, 15 avril 2003, p. A26.


«...After yesterday's setback, the Parti Québécois is at a crossroads : The choice of a new leader to replace Bernard Landry will dictate whether the PQ stops masquerading as a sovereigntist or shows the courage of its convictions. The election has shown that Mr. Landry's leadership - or lack of it - was the main cause of the PQ's defeat and the unravelling of the sovereignty movement. He refused to stake his political future on making it clear to voters where he stood on sovereignty, and he paid dearly for his ambiguity. Voters rejected Mr. Landry's « transition » to examine a so-called « confederal union » between Quebec and the rest of Canada, which appeared to many sovereigntists as an ambivalent attempt to soft-pedal the party's option. It will take strong leadership to restore the credibility in a party torn between wanting power and acting on its beliefs. But there is no obvious successor with the type of vision Jacques Parizeau offered the last time the PQ was rebuilding. »

Rhéal Séguin, « Strong leader needed to revive PQ credibility », The Globe and Mail, 15 avril 2003, p. A5.


«...On peut voir dans la défaite des souverainistes, l'usure du pouvoir pour Bernard Landry, malgré un bilan plus qu'honorable : une forte croissance économique, un chômage réduit à 8% de la population active et un assainissement des finances publiques. Comme les thèmes économiques et sociaux ont supplanté la revendication d'indépendance dans les préoccupations des Québécois, on peut souligner aussi une lassitude, et même un certain renoncement. Il faut plutôt y voir un changement de la forme du débat. Ayant pris conscience qu'ils n'ont pas tous la même vision sur l'avenir de la province et son indépendance, les 7,4 millions de Québécois semblent désormais moins soucieux d'obtenir la construction d'un « Québec libre » que de gagner d'Ottawa les avantages de leur maintien dans la fédération. S'ils renoncent à la division du pays, ils veulent, en échange, les dividendes de l'unité. Et, sur ce terrain, les habitants de la province ont jugé que les libéraux avaient, sans doute, de meilleures armes pour discuter avec le gouvernement fédéral. »

« Le Québec fédéral », Le Monde (France), 16 avril 2003, p. 16.



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