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Le Parti libéral est une formation fédéraliste qui se situe généralement au centre de l'échiquier politique. Ce parti existe depuis 1867, ce qui est une exception sur la scène québécoise. Avant 1896, il est surtout confiné à l'opposition. L'emprise conservatrice sur le pouvoir n'est brisée que brièvement en 1878-1879 puis, entre 1887 et 1891, par Honoré Mercier et une majorité de libéraux dans le sillage de l'affaire Riel.
Plus progressistes, plus critiques envers l'Église, les libéraux sont solidement au pouvoir à la fin du XIXe siècle et pendant le premier tiers du XXe siècle. La présence à Ottawa de Wilfrid Laurier, premier premier ministre canadien-français de l'histoire, joue énormément en leur faveur. À cette époque, libéraux fédéraux et provinciaux entretiennent des liens très étroits. Contribue également à leur popularité auprès des francophones le comportement des gouvernements conservateurs fédéraux, entre 1911 et 1921, dans quelques dossiers épineux - débats linguistiques en Ontario, crise de la conscription. Pendant cette longue période de domination au Québec (1897-1936), il existe néanmoins quelques libéraux indépendants qui obtiennent parfois plus de 10% des votes, comme en 1904 et 1919. Ils ne récoltent cependant qu'un seul siège, lors du scrutin de 1927. Sous la direction de Lomer Gouin, puis de Louis-Alexandre Taschereau, les libéraux québécois contrôlent le Parlement avec de fortes majorités. L'État joue un rôle restreint : peu d'interventions économiques ou de programmes sociaux. C'est le libéralisme du « laisser-faire ». La crise économique des années 1930 et la corruption dans la gestion des finances publiques vont provoquer la chute du Parti libéral. Cette défaite s'explique en partie par l'émergence d'une dissension au sein des rangs libéraux. En 1934, certains députés plus progressistes fondent en effet un nouveau parti, l'Action libérale nationale. Ils proposent, entre autres, la nationalisation de l'électricité. Paradoxalement, ces dissidents s'allient aux conservateurs de Maurice Duplessis avec qui ils remportent les élections de 1936 sous la bannière de l'Union nationale. Cet échec met fin à 40 ans de règne libéral sans interruption. L'ère duplessiste, elle, sera interrompue dès 1939 par la victoire du chef libéral Adélard Godbout. En plus d'accorder le droit de vote aux femmes, celui-ci implante un train de réformes progressistes. Le contexte de la guerre et de l'affrontement Québec-Ottawa auront cependant raison de ce gouvernement libéral. Face à des libéraux provinciaux jugés trop près de leurs collègues fédéraux, l'Union nationale utilise à répétition, et avec succès, la carte de la défense de l'autonomie provinciale. Les libéraux réagissent au cours des années 1950, sous Georges-Émile Lapalme. Désireux de marquer leur propre autonomie, ils deviennent le Parti libéral du Québec (PLQ). Pendant les années 1950, le PLQ jouit de l'appui des villes, mais fort peu des zones rurales. Au-delà de son électorat anglophone et de certaines couches plus scolarisées, il parvient difficilement à faire contrepoids à l'Union nationale dont le discours conservateur est particulièrement populaire chez les francophones. C'est en 1960 que le Parti libéral revient en force et provoque ce qui sera appelé la Révolution tranquille. Avec Jean Lesage, mais surtout Paul Gérin-Lajoie et René Lévesque, le Parti libéral s'inscrit résolument dans une approche interventionniste. Il crée alors le ministère de l'Éducation, nationalise les compagnies d'électricité et multiplie les organismes publics. Supportés par une nouvelle génération, épaulés par des technocrates formés à l'école keynésienne, les libéraux enclenchent un « rattrapage » sur le plan économique, culturel et social. Bien qu'en partie mythique, cette période charnière sera considérée par plusieurs comme celle où s'instaure le « modèle québécois », combinant un nationalisme explicite (« Maîtres chez nous ») et un interventionnisme étatique systématique. La défaite de 1966 et la poussée d'un mouvement indépendantiste provoquent une nouvelle crise en 1967. Elle est marquée par le départ de René Lévesque, lequel fonde le Parti québécois qui s'imposera rapidement comme le nouvel adversaire du Parti libéral. Dans ce nouveau contexte politique, les libéraux deviennent le principal défenseur du fédéralisme canadien sur la scène provinciale. Avec la victoire de Robert Bourassa, en 1970, le Parti libéral poursuit la Révolution tranquille avec l'instauration de l'assurance-maladie. Il est aussi le premier parti à faire du français la langue officielle du Québec. Le premier ministre met également de l'avant un programme économique ambitieux, notamment avec de grands projets hydro-électriques. L'économie demeure au centre des préoccupations de Robert Bourassa. Lorsqu'il reprend le pouvoir en 1985, après deux mandats du Parti québécois, celui-ci tente aussi d'obtenir des concessions constitutionnelles pour défendre la spécificité québécoise. Ces efforts vont cependant échouer en 1990 (accord constitutionnel du lac Meech), puis en 1992 (entente constitutionnelle de Charlottetown). Ce contexte et la réapparition des questions linguistiques génèrent de nouvelles tensions. À la fin des années 1980, une portion de la communauté anglophone ne se reconnaît plus dans la formation de Robert Bourassa, devenue trop nationaliste à leurs yeux. Le Parti Égalité émerge alors des rangs du Parti libéral à qui il ravit quelques sièges lors du scrutin de 1989. Inversement, à la suite des échecs constitutionnels, des libéraux plus nationalistes décident de fonder l'Action démocratique du Québec, un parti qui se positionnera plus à droite. Lorsque Jean Charest prend la direction des libéraux en 1998, le parti occupe une position centrale, à droite du Parti québécois, mais à gauche de l'Action démocratique du Québec. Éprouvé au plan constitutionnel, le Parti libéral ne défend pas un programme particulièrement nationaliste, bien qu'il s'oppose au gouvernement fédéral dans plusieurs dossiers sectoriels. Comme d'autres gouvernements occidentaux, il consacre l'essentiel de ses énergies à tenter de contrôler les finances publiques et d'améliorer la performance des services publics. Autant en 1985 qu'en 2003, les libéraux vont tenter de revoir le « modèle québécois » dont ils ont pourtant été des artisans. Globalement, le Parti libéral traverse le temps dans la mesure où il offre une approche pragmatique, modulée très différemment selon les époques. Lors de ses congrès et conseils généraux, le parti affiche le plus souvent une image de stabilité et de consensus, notamment à l'égard de sa direction. Il n'en reste pas moins que le Parti libéral a vécu régulièrement des crises qui ont souvent donné naissance à des partis concurrents. |
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